Quels sont les codes vestimentaires de la confiance en soi ?
Oubliez l’adage trompeur qui prétend que « l’habit ne fait pas le moine ». En particulier dans les contextes professionnels, il fait même, et renforce, « le moi ».
par Elisabeth Clauss
C’est souvent inconscient, mais on s’habille toujours avec une intention. Pour se sentir à l’aise quand on n’a aucun rendez-vous ; pour avoir la paix, capuche relevée et écharpe sur le nez les matins où on a besoin de se replier ; certains jours pour séduire, d’autres pour convaincre… Dans certains milieux professionnels, des uniformes se chargent de délivrer le massage des responsabilités et attributions de chacun. Au travail, le vêtement est très souvent codifié. L’autorité, déterminée par des messages mi-clamés (costume, blaser, épaulettes), mi-subliminaux. L’allure s’adapte aux circonstances et parfois, c’est par la subtilité dépouillée de surenchère visuelle que l’échelle de la hiérarchie s’exprime. Dès qu’on pénètre dans une entreprise ou dans une salle de réunion, on perçoit rapidement qui porte la culotte, grâce à ce qu’il ou elle a enfilé par-dessus, et à l’attitude qui en découle.
Adopter ce langage intuitif l’est parfois moins, et en premier lieu pour Claire Soper, consultante en image et coach en prise de parole, « l’enjeu n’est pas de faire plus ou moins, mais de faire juste. Un détail maîtrisé, une couleur, une texture, une ligne, peut créer de la présence sans surjouer ». Spécialisée dans « l’autorité, la crédibilité et la confiance en intervention », elle décrypte pour nous quelques biais inconscients, tissés dans la doublure entre la psychologie et la Couture, qui valorisent carrière et carrure.
Les attributs du pouvoir
« Les vêtements racontent toujours quelque chose de notre rapport à l'argent et au pouvoir », analyse-t-elle à la lumière de ses 20 ans de métier consacrés à s’habiller pour se positionner. « Les gens dont l'autorité est déjà établie posent généralement des choix vestimentaires étonnamment simples, composés de matières nobles, de coupes impeccables, mais sans clinquant. Le « bling » correspond plus à ceux qui cherchent à s’élever, qu’à ceux qui exercent déjà le pouvoir ». Ainsi, afficher des logos serait contreproductif. Dans le monde professionnel, on retrouve exactement la même logique. « Ici s'habiller n'est pas un geste esthétique, c'est une forme de littérature culturelle, qui traduit notre habileté à comprendre des codes implicites, pour les intégrer avec intelligence. Il s’agit d’aligner son look avec le rôle que l’on brigue, harmonisé dans un contexte, et cohérent avec ses ambitions ». S’habiller chaque matin relèverait d’une stratégie, en particulier pour les femmes. Claire Soper rappelle que plus que jamais, « elles évoluent dans des environnements où les écarts sont moins tolérés et où l'apparence est souvent interprétée plus vite et plus durement. Les femmes doivent être crédibles sans paraître dures, élégantes sans être jugées superficielles. Visibles, sans être accusées d'en faire trop. Mon travail est de les aider à naviguer dans ces contradictions et à construire une présence qui soutient le leadership avec clarté, autorité et authenticité ».
La force du minimalisme
La coach rappelle que précision et simplicité doivent être maîtrisées, au risque de basculer dans une discrétion qui invisibilise. « La sobriété n’est pas l’absence de choix : c’est une construction. » Son conseil : « chaque femme doit élaborer ses « uniformes », son style personnel. Outre une palette de couleurs qui nous convient et qu’il est important de déterminer, le pouvoir s’exprime dans des vêtements bien coupés. Dans les hautes administrations européennes et en politique par exemple, je constate au quotidien que les femmes sont en premier lieu jugées sur leurs vêtements, de manière assez radicale par rapport aux hommes ». Chacun∙e peut d’ailleurs constater qu’à l’occasion de la prise de parole d’une ministre ou lors de l’apparition d’une femme publique, les premiers commentaires concernent souvent son apparence avant son propos, ce qui n’est jamais le cas pour ses homologues masculins. « D’autant, insiste Claire Soper, qu’on est aussi jugées si on essaye « trop ». Mais forcer la simplicité peut aussi rendre terne, et on y laisse de sa personnalité. Il est donc fondamental de se construire une identité visuelle cohérente et alignée avec nos responsabilités ».
« L’œil humain lit la structure avant de lire le contenu »
« Il faut accepter que notre garde-robe est un outil stratégique, pas un jeu cosmétique ». On simplifie sans perdre d’impact si on choisit les bonnes couleurs, les bonnes coupes, et si on limite les accessoires, pour ne pas détourner l’attention. Claire Soper rappelle qu’un leader aujourd'hui n’est plus simplement une personne qui prend la parole en réunion : « elle est active sur LinkedIn, sur les réseaux sociaux. Elle doit maîtriser son apparence adaptée à toutes les plateformes en même temps. Quand elle sort de sa réunion, on la voit dans les couloirs, on l’attend pour un visio. Et de même qu’un homme ne porterait pas, pour marquer sa position, un marcel et des sandales en réunion, une femme ne peut pas miser sur une robe à bretelles spaghettis. Inconsciemment, ça envoie un message de vulnérabilité. Une femme doit être consciente des codes de l'autorité. Même en été, elle doit tabler au minimum sur un chemisier. On peut si facilement saboter notre image par distraction ! Les valeurs sûres, ancrées dans notre subconscient, proviennent des codes militaires. J’explique souvent à mes clientes comment les décliner dans un vestiaire plus casual, mais codifié ». Avant de s’habiller, il faut être lucide sur ce qu’on veut raconter.Claire Soper insiste : « comprendre les codes est indispensable. Une fois qu’on les a intégrés, on peut les simplifier, les adapter, ou même les détourner ».
La simplicité des plus fortunés
Contrairement aux clichés – souvent alimentés par les réseaux sociaux – les « très riches » s’habillent plutôt discrètement, avec des matières luxueuses qui se détectent surtout au toucher, pour servir des coupes impeccables interprétées en couleurs délicates. Pour Claire Soper, « si certaines personnes très fortunées adoptent une esthétique minimaliste, c’est parce que cette simplicité intentionnelle est parfaitement maîtrisée. Les vêtements vraiment bien coupés sont rarement le fruit du hasard : ils requièrent du savoir-faire, du temps et des moyens. On reconnait toujours la qualité à la précision. Le vrai luxe n’est pas dans le logo mais dans la coupe et la matière. Une forme irréprochable, parfaitement ajustée, est l’un des signes les plus directs de moyens élevés. C’est ce qui coûte le plus cher et ce qui se voit le moins. » L’éducation, acquise au fil de l’expérience, influence l’armoire, et l’épure qui murmure, dit le pouvoir.
Pour plus d’infos sur les coachings de Claire : www.cms-consultancy.eu
Crédit photo: Europeana (Unsplash)