Le Wealth Gap, l’éléphant dans le salon ?
Pour cette veille de la Journée Internationale des Droits des Femmes, on va vous parler de sororité, d’harcèlement en tous genres, d’inégalité salariale… Et même, pour certains à côté de la plaque, de fleurs mauves. Si les premiers sujets sont légitimes, à force de fixer du regard le « Pay Gap » (cet écart de salaire d’environ 13 % en Belgique et 16 % en Europe), on finit par rater l’éléphant dans le salon : le « Wealth Gap ». L’écart de patrimoine, lui, frôle les 40 %.
Pendant que nous négocions des augmentations pour éponger l’inflation, le capital, lui, fait des petits. Nous sommes donc ainsi souvent « riches en revenus », mais « pauvres en capital ». Nous gérons le flux (le budget, les courses, l'intendance), ils possèdent le stock (les actions, les parts sociales, le pouvoir).
Ce fossé se cristallise particulièrement au moment de la retraite. On parle alors de « Gender Pension Gap », qui atteint 30 % à 40 % en Europe, selon les pays. En Belgique, si le premier pilier (la pension légale) limite la casse, l'écart sur le deuxième pilier (pension complémentaire) peut exploser à plus de 50 % pour les cadres.
Quelques chiffres pour briller (et s'indigner) en manif demain :
33 % : C’est la part de la richesse mondiale détenue par les femmes. On progresse, mais lentement.
r > g : La célèbre formule de Thomas Piketty. Le rendement du capital est plus fort que la croissance des salaires. Si vous ne possédez que votre force de travail, vous perdrez toujours la course contre ceux qui possèdent des actifs.
5 ans : L’espérance de vie supplémentaire des femmes par rapport aux hommes. Pas besoin d’être mathématicien pour comprendre que nous avons besoin de plus de capital pour notre fin de vie.
So what ?
On vous offre quelques outils de derrière les fagots :
Passez du budget au bilan. Une fois par trimestre, ne regardez plus seulement ce qui entre et sort de votre compte courant (le flux). Listez vos actifs : immobilier, actions, épargne retraite, parts d'entreprise. Votre objectif ? Que la valeur de ce « stock » croisse plus vite que votre salaire.
Négociez de l’Equity. Lors de votre prochaine évaluation ou changement de poste, ne vous battez pas uniquement pour 5 % de brut en plus (fortement taxés). Demandez des RSU (Restricted Stock Units, à prononcer avec votre meilleur accent), des options ou des bonus indexés sur la valeur de l’entreprise. (Et n’oubliez tout de même pas de la ramener sur votre salaire, qu’on ne nous prenne pas pour des courgettes…)
Apprivoisez le levier. Historiquement, les femmes ont appris à craindre la dette (le fameux syndrome de la « bonne élève », si vous étiez parmi nous le mois dernier déjà). Pourtant, l’effet de levier (emprunter pour investir) est le moteur principal de l’accumulation de richesse. Whatchouwaitingfor ? (le retour de l’accent)
Pratiquez l'investissement politique. Le 8 mars, la sororité peut aussi être financière. Si vous avez du capital dormant, injectez-le dans des fonds ou start-up gérés par des femmes (comme via les réseaux SISTA ou Lita.co).
En appliquant ces mécanismes, on change de paradigme : on arrête d'être les simples intendantes de l'économie pour devenir les actionnaires majoritaires de notre propre destin. Quelle meilleure façon d’honorer le combat de nos grands-mères ? Allez, joyeuse journée du droit des femmes (à la fortune).
Crédit photo: Good Faces, Unsplash