Comment survivre à la castration financière de son conjoint ?

On nous rebat les oreilles avec le plafond de verre, mais on parle beaucoup moins de la crise existentielle qui survient une fois qu’on l’a brisé. Que se passe-t-il, très exactement, lorsque c’est Madame qui porte la culotte financière ?

Par Sonia Romero

Pendant des décennies, la norme voulait que l'homme soit le provider. Mais les temps changent. Selon les données de référence de l’INSEE (2014, faute de mieux) dans un couple sur quatre, la femme gagne plus que son conjoint. Une tendance de fond confirmée par les chiffres plus récents du Pew Research Center (avril 2023) aux États-Unis : dans 16 % des foyers, l'épouse y est le soutien financier principal, et dans 29 % des cas, les revenus sont strictement à parité.

Bref, nous ne sommes plus l'exception. Fini le temps où l'on quémandait son obole. Mais si le porte-monnaie s'est émancipé, l'ego masculin, lui, n'a pas tout à fait reçu le mémo.

Le "Marriage Cliff" : attention, ego fragile

Dans l’étude Gender Identity and Relative Income within Households de la Chicago Booth School of Business, l’économiste Marianne Bertrand met en lumière un phénomène statistique baptisé le « Marriage Cliff » (le précipice conjugal). Dès que la femme franchit la ligne sacrée des 50 % des revenus du foyer — c'est-à-dire dès qu'elle gagne un malheureux euro de plus que son mari —, la courbe de satisfaction conjugale s'effondre.

La probabilité de divorce, elle, grimpe en flèche. Selon les analyses juridiques américaines, le taux de divorce passe de 11 pour 1000 dans un couple "traditionnel" à 31 pour 1000 lorsque la femme est le breadwinner.

La double peine

On pourrait se dire, en toute logique mathématique, que puisque Madame ramène le plus gros sanglier au village, Monsieur compense en prenant en charge la maisonnée. Que nenni (qui s’en étonnera encore ?).

L’étude de Marianne Bertrand démontre même que les femmes qui gagnent plus que leur mari effectuent davantage de tâches ménagères que celles qui gagnent moins. Les sociologues appellent cela « la neutralisation de la déviance de genre ».

Traduction ? Inconsciemment coupable d'avoir "castré" financièrement son époux, la femme dirigeante va sur-compenser à la maison pour rassurer sa virilité chancelante. Un beau terreau pour le burn-out parfait. On a voulu le beurre et l'argent du beurre, en oubliant que dans une société patriarcale, on ne peut jamais vraiment gagner.

Comment protéger ses arrières ?

Bon, ça coule de source mais arrêtons tout d’abord de nous excuser de réussir, et surtout, cessons de financer la fragilité d'autrui au détriment de notre propre sécurité.

  • Le contrat de mariage n’est pas un tue-l’amour, c’est un bouclier. Oubliez la communauté de biens. Optez pour la séparation de biens (ou réaménagez votre contrat chez le notaire).

  • Gare à la prestation compensatoire. C'est la double peine ultime lors d'un divorce : avoir entretenu le train de vie du foyer pendant 10 ans, et devoir signer un chèque colossal à la sortie pour compenser la "baisse de niveau de vie" de votre ex-conjoint. Documentez qui paie quoi, et gardez la trace de vos investissements personnels.

  • Embauchez de l'aide. Si vous gagnez plus, ne tombez pas dans le piège de la neutralisation de la déviance de genre. Déléguez le ménage et la charge mentale. Votre temps de cerveau disponible vaut plus cher qu'une session d'aspirateur culpabilisante.

Nous avons brillamment brisé le plafond de verre. Tâchons de ne pas ramasser les débris nous-mêmes en passant la serpillière pour nous faire pardonner, non ?


Crédit image: Art Institute of Chicago (Unsplash)

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