4 leviers pour transformer l’or en autorité

Celui qui dit que l’argent ne fait pas le bonheur n’en a jamais manqué. Son absence fabrique une dépendance silencieuse, une cage dont on ne voit même pas les barreaux.

par Salma Haouach

L’argent tisse le fil de notre souveraineté, ce levier éminent du pouvoir est en réalité l’instrument le plus puissant de l’émancipation féminine. 

Dans les couloirs feutrés du monde de l’entreprise et de la gouvernance publique où j’évolue depuis plus de 20 ans, j’ai appris qu’il ne s’agit pas seulement de chiffres sur un relevé bancaire, mais d’une architecture intime de liberté. À l’aube de notre prochaine conférence, je pose ces lignes comme un cadrage : ces quatre leviers sont forgés dans mon propre parcours, dont certains que j’aurais voulu connaître bien plus tôt. 

Levier 1 

Investir sur soi : le rendement le plus sûr du marché

Il n'y a pas de placement plus rentable que soi-même. Une formation qui ouvre une porte, un dîner avec les bonnes personnes, une silhouette qui impose le respect dans une salle de réunion : tout cela, c’est du capital. Concret et indérobable. Les statistiques remettent les pendules à l’heure : les femmes sont présentes à 75% dans les 10 % des revenus les plus bas et dans le top 10%, seulement 1 femme sur 3 (Oxfam Belgique). 

Le retour sur investissement d'une journée de formation ou d'un dîner avec les bonnes personnes dépasse clairement celui d'un placement financier classique. 

J'ai cessé de me demander « est-ce que ça vaut le prix ? » pour me demander : « qu'est-ce que ça peut me rapporter dans 5 à 10 ans ? » Ce changement de perspective a tout transformé. Parce qu'une compétence, ça part avec vous. Quoi qu'il arrive.

Ces investissements personnels ont contribué à me donner un sésame pour entrer dans les sphères décisionnelles, là où ma voix compte. 

Se nourrir de compétences, de contacts et d'image, c'est construire une valeur que personne ne peut retirer. Sur les marchés, on dit TINA (There Is No Alternative). Pour l'investissement en soi : c'est pareil. Il n'y a pas d'alternative sérieuse.

Levier 2

Miser sur son capital et sa liberté : penser en investisseur, pas en gestionnaire du quotidien

Voici ce que personne ne nous a enseigné: la différence entre dépenser et capitaliser.

L'économie du pot de yaourt, théorisée par Titiou Lecoq, est brutale dans sa logique : quand une femme paie les repas, les vêtements des enfants, les dépenses cycliques du foyer, elle vide un pot qui ne se remplit pas. Les femmes détiennent jusqu’à 35% de capital en moins, singulièrement sur les plus hauts montants. Le 50/50 est réputé pour appauvrir la personne qui gagne le moins. 

La réponse se trouve dans la géographie du capital, non l’austérité : ce qui rapporte, ce qui nourrit le moyen terme, ce qui permet de vivre aujourd'hui. Penser aux effets de levier pour acheter plus grand, mieux situé. 

Danser dans sa vie avec la grâce de la liquidité 

Levier 3 : 

Rien ne se perd, tout est rendement

J’ai sélectionné des trajectoires où la rémunération primait autant que le sens, quitte à naviguer entre me faire plaisir et me nourrir. J’ai pivoté pour des missions à haute valeur ajoutée, projetant ma liberté financière comme un actif prioritaire et loin des pièges de la précarité.

Le point crucial : ne jamais déléguer entièrement la connaissance de sa situation financière.  Pour une femme sur deux, l'indépendance financière est devenue la première source d'équilibre personnel, avant même la famille.  Sortons de carcans éducatifs et des stéréotypes : loin d’être de l'égoïsme, c'est de la lucidité. Et c’est d’une logique implacable :  dans un avion en dépressurisation, on vous demande de mettre votre masque à oxygène avant celui de votre enfant. Ce n'est pas de l'égoïsme. C'est de la survie raisonnée. Faites du capital votre oxygène.

Mon Graal personnel : thésauriser pour projeter une liberté qui ne quémande pas la permission de quitter son job s’il vous éteint et pouvoir tenir six mois sans revenus. Cette respiration financière vient de cet espace qui fait passer de l’anxiété sourde de manquer de revenus à la souveraineté de soi qui transforme la contrainte en choix. Je n'y suis pas encore. Mais je le construis. 

Levier 4 : 

Tisser le collectif en fil d’or, l'argent comme acte politique

Enfin, irriguer la collectivité : fonds pour entrepreneures, mentorat éducatif, plaidoyer où l’argent devient levier solidaire.

Le pouvoir financier ne s'exerce pas seulement en solo, il se déploie aussi en collectif.

Soutenir des projets portés par des femmes, acheter auprès d'entrepreneures, rejoindre des réseaux d'investissement féminins, financer des causes qui font avancer l'équité, c'est transformer son argent en levier de transformation sociale.  Les femmes qui investissent ensemble, qui font circuler leur capital dans des cercles de solidarité, créent une économie parallèle qui pèse. D’ailleurs, les fonds d'investissement à gouvernance féminine surperforment en moyenne leurs équivalents masculins de 20 % sur dix ans. On passe de l’anecdote à la thèse. 

S'engager collectivement avec son argent, ce n'est pas du militantisme désintéressé. C'est aussi une stratégie d'influence, de visibilité et d'impact pour soi et pour les autres.

Nous sommes entre nous. Soyons sincères.

Je n'y suis pas encore tout à fait. Mais je construis, pierre après pierre, ce que j'appelle ma souveraineté. Et si vous êtes là, c'est que vous aussi vous cherchez à nommer ce chemin. Alors parlons-en. L'argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais il fabrique l'espace où le bonheur peut, enfin, se déployer librement.

Crédit photo: Liane (Unsplash)

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