Directrice générale de Sony Pictures Belgique et Luxembourg, actionnaire dans la maison de mode indépendante belge Marie Adam-Leenaerdt, épicurienne, libre mais rationnelle, Anny Schmit remplit son portefeuille de vraies valeurs.
Pour Sony Pictures, elle orchestre la sortie d’une cinquantaine de films par an, du dernier Christopher Nolan (l’Odyssée) à Spiderman, Super Mario ou Les Minions. Précédemment marketing manager puis DG de Warner Bros Belgique, elle a enchaîné avec la direction générale de la société Carat jusqu’en 2018 (l’une des plus importantes agences médias en Belgique, qui travaillait à ce moment-là avec BMW, ING et LVMH, entre autres prestigieux acronymes).
Opérant ensuite comme indépendante, Anny Schmit a collaboré avec D’Ieteren et diverses grandes sociétés de divertissement. Elle a consacré la majeure partie de sa vie professionnelle à rendre l’écran encore plus grand, notamment par la gestion de campagnes médias pour les annonceurs, et depuis 2020, elle équilibre les budgets marketing et coordonne les campagnes publicitaires des films distribués par Sony Pictures, pour « quelques millions d’euros », tout en distinguant très lucidement la gestion de son propre argent de celui de ses employeurs. « Dans mon contexte professionnel, je suis très attentive à ce que chaque euro dépensé le soit convenablement. C’est l'efficacité qui prime, en cherchant toujours des solutions créatives pour réaliser notre mission tout en restant dans une économie viable. Dans ma vie privée, c'est parfois très différent ». Elle rit, mais sait ce qui compte.
Quel type de relation entretenez-vous avec l’argent ?
« Dans ma vie privée, je suis plutôt dépensière. J’estime que l'argent, tant qu’on en a, sert à agrémenter la vie, tout en restant bien consciente que tout peut basculer très vite. Je ne suis pas inconséquente avec mon patrimoine, mais mon objectif n'est pas de mourir sur un tas de billets. J'ai envie de profiter de chaque instant, et j’y consacre mes revenus ».
Dans quoi investissez-vous ?
« J’adore acheter des maisons, y vivre un temps, celui qui fait sens pour moi, les transformer (j’aime beaucoup chiner) puis déménager tous les 5-10 ans. Avec mon mari, nous avons ainsi acquis une première maison quand nous étions jeunes, nous l’avons vendue, en avons acheté une autre, qu’on a également remodelée, et nous avons fait fructifier un patrimoine, tout en y construisant des moments de vie déterminants. Les maisons sans personnalité n’ont pas beaucoup d’intérêt. Je m’amuse en les transformant, et en passant, l’opération génère de la plus-value. Pour autant, je ne suis attachée ni à la pierre, ni aux biens matériels : je fonctionne au coup de cœur. La maison de mes parents fait exception : j’y tiens énormément parce que c’est celle de mon enfance, et si j’en ai les moyens, je ne la vendrai jamais. Mais pour les autres, une fois qu'elles sont transformées et qu’un pan de vie y a été accompli, j'ai envie de passer à autre chose et de m’impliquer dans un nouveau projet ».
A double titre, vous investissez aussi dans votre famille
« Je suis actionnaire, non majoritaire, de la société de création de mode Marie Adam-Leenaerdt fondée par ma fille aînée. Quand elle a lancé sa marque en 2023, la soutenir financièrement était une évidence. Sa sœur cadette est actuellement freelance dans un autre secteur professionnel, elle n’a pas forcément besoin de cet investissement à l’instant, mais le moment venu, je serai équitable avec mes enfants ».
Etes-vous collectionneuse ? De montres, de sacs de luxe ?
« Non, je ne possède même pas de montre, l'heure étant disponible tout le temps sur mon téléphone. En revanche, j’adore les sacs. Je ne me les offre absolument pas dans un esprit d’investissement patrimonial, mais parce qu’ils me plaisent. Je n’ai pas d’Hermès, ce serait peut-être un peu démesuré, mais j’ai des Delvaux, par goût pour la création belge je suppose. En matière d’accessoires de mode, c’est la trouvaille qui m’anime, c'est pour ça que j'aime beaucoup chiner. Ça peut être des meubles aussi, des éléments de décoration pour la maison ».
Avez-vous un plafond psychologique pour vos dépenses ?
« Ça commence ! (Rires) Avec mes premiers salaires j’allais chez Max Mara dont je suis fan, je pouvais acheter un tailleur et ne plus avoir d’argent pour le mois. Quand j'avais 27 ou 28 ans, ça ne me gênait pas de tout flamber dans des vêtements. C’était une autre époque, je ne le fais plus aujourd’hui, même s’il m’arrive encore de craquer de façon un peu déraisonnable. Mais j’ai fini par comprendre qu’un budget n'est pas extensible à l'infini. Et je crois simplement que mes priorités ont changé. J’investis dans d’autres choses, qui ne sont pas liées au paraître. Je reconnais que j'ai vécu des moments de surconsommation dans lesquels je ne suis plus du tout aujourd'hui ».
Que reste-t-il sur votre bucket list ?
« Rien, parce que je me donne les moyens de vivre ce qui compte. Je n’ai pas de regrets, je mets toute mon ambition dans les expériences, en réalité plus que dans l’univers professionnel. C'est une question de choix, pour moi l'argent est un moyen, pas un objectif. Je ne ressens pas le besoin de me sécuriser par le patrimoine. J'ai juste envie de bien vivre ma vie. J'aime les belles choses, mais j'aime aussi la simplicité. L’argent facilite évidemment beaucoup de décisions, mais ce n’est pas le plus important. Ce sont les valeurs qu’on défend, les rapports qu’on entretient avec les gens. A quoi ça sert d’avoir des millions et de finir seul dans son grand bureau ? »
Plutôt à rire dans le métro qu’à pleurer dans une Rolls, alors ?
« Je n’aurai jamais de Rolls, rien de show off, je suis plutôt Range Rover pour aller partout, mais confortablement. Je n’ai pas besoin de m'afficher à la Place m'as-tu vu au Zoute avec une Ferrari, je préfère filer tranquillement à la campagne. Les ghettos bourgeois ne m’attirent pas du tout. Je travaille au centre-ville de Bruxelles, j'adore la diversité, la mixité qu’on y rencontre ». Anny Schmit ne se fait pas de films, et possède des valeurs humaines à revendre.