Ne pas investir du tout, c’est le plus grand risque

Valérie Philips est coach en éducation financière. Le 27 juin, elle anime pour la Matrimoney Academy un atelier sur la bourse. Mais qui est-ce ? 

Le déclic

Valérie Philips ne vient pas de la finance. Elle y est arrivée par le marketing, il y a quatre ans, en travaillant sur des contenus liés à l'investissement. Et là, quelque chose l’a questionnée: « J'ai travaillé sur beaucoup de contenu en investissement, et ça m'a mis la puce à l'oreille. Pourquoi est-ce que je n'y connais rien ? » Elle s'est formée avec un retour sur les bancs de l'école, pour une formation en finance.

Et en parlant de tout ça autour d'elle, elle a vu le pattern se répéter. Des femmes avec des carrières solides qui disaient : « C'est mon mari qui s'en occupe » ou « je suis nulle en chiffres. » Des femmes qui se racontaient des histoires. « Je me suis rendu compte qu'en lisant des témoignages, il y avait énormément de femmes pour qui ce désintérêt finissait par se retourner contre elles. Et ça pouvait leur coûter très cher. » Le déclic était là : démystifier le sujet, montrer que ce n'est pas si compliqué, et que toutes ont intérêt à s'y intéresser.

Le rapport à l'argent

Le sien a toujours été clair : indépendance, contrôle, bon salaire. « Les seules fois où mon salaire était trop bas par rapport à ce que je pouvais prétendre, je suis restée très peu de temps. » Elle a vécu en Espagne, en France, navigué entre des systèmes fiscaux différents, et ça l'a obligée à s'y intéresser tôt. Son meilleur investissement ? Les langues, d'abord. Ses parents lui ont donné le français et le néerlandais. Elle a ajouté l'anglais, l'espagnol en vivant à Madrid. « C'est toujours grâce à ça que j'ai trouvé du travail facilement, très facilement même. » Ensuite, les formations et les coachings. Et sur le plan patrimonial, l'immobilier. «Dans vingt ans, probablement la bourse, mais ça, c'est du long terme.»

Est-ce qu'elle a encore peur ? « Oui, évidemment. La peur, elle ne disparaît jamais vraiment. Elle change de nature. » Ce n'est plus l'ignorance. C'est l'inconfort naturel des grandes décisions. « J'apprends à ne pas me laisser envahir par la peur pour ne pas rester dans l'inaction. » Elle avoue même suranalyser parfois, au point de se figer. C'est précisément ce qu'elle dit à ses client·e·s : vouloir tout comprendre avant de se lancer, c'est une façon de ne jamais commencer. « Parfois, il faut juste y aller. On n'est jamais complètement préparée. »

Ce qui l'exaspère

Pas celles qui ont peur (ça, elle comprend). Pas celles qui ne savent pas par où commencer (c'est pour elles qu'elle travaille). Ce qui l'exaspère, en revanche, c'est le désintérêt. « Si on veut être libre, à un moment donné, il faut se pencher sur la question. Il n'y a rien à faire. »

« On sort de l'école sans avoir appris ce qu'est un crédit, un investissement, comment gérer un budget. Ni l'école ni souvent la famille ne nous forment à ça. » 

La fausse croyance qu'elle corrige en boucle ? L'image des hommes en costume qui hurlent des ordres sur fond d'écrans clignotants. « Investir en bourse de façon régulière, à long terme et de façon très diversifiée, c'est l'un des outils les plus accessibles et les plus efficaces qui existent pour ne pas laisser son argent dormir. Ne pas investir du tout, c'est là qu'on prend le plus grand risque : perdre en pouvoir d'achat à cause de l'inflation, et ne pas faire travailler son argent. »

Les carrières affirmées et l'argent personnel

C'est la question qui revient. Pourquoi des femmes puissantes restent-elles démunies face à leurs propres finances ? « Je rencontre des femmes qui négocient des budgets de plusieurs millions en entreprise, et qui ont du mal à gérer leur propre portefeuille. » Compétences professionnelles et confiance en matière de finances personnelles, ce sont deux choses très différentes. La réponse de Valérie est nette : « C'est très culturel, très lié aux stéréotypes et à la façon dont on a été élevées. On nous dit qu'il faut être responsable, raisonnable, dans le soin. Ces traces-là restent. Et il y a tout cet héritage patriarcal. Cela dit, j'accompagne aussi beaucoup d'hommes, et pour eux aussi, ça peut être compliqué. »

Le 27 juin

Deux heures d'atelier, une heure de networking. On repart avec quoi ? « C'est les deux à la fois : un vrai premier pas et une introduction. On part avec une compréhension concrète des marchés, du vocabulaire, des raisons d'investir. C'est une mise en mouvement. » Au bout de deux heures, « on défait les croyances, et surtout ça donne confiance. C'est ce que me disent les participant·e·s après mes workshops : elles se sentent confiantes, et ça déclenche des actions. Certain·e·s investissent le lendemain. D'autres pas encore. Mais en tout cas, c'est un premier pas. »

Crédit image: Europeana (Unsplash)

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